TERRES DU SUD

« DES RÉALISTES ACTIFS »

L’assemblée générale du Groupe Terres du Sud, le 11 décembre à Agen, a mobilisé de très nombreux adhérents. « Une première quant à la forme et à la présentation », a souligné le président Claude Baldi.

L’ensemble des investissements dans les pôles végétal, animal et distribution  constitue une enveloppe de 30 millions d’euros, soit près de 40 millions d’euros sur ces deux dernières années, a souligné le directeur, Dominique Cechia.

« Nous pouvons affirmer que le Groupe Terres du Sud est prêt à relever ses défis environnementaux et économiques. La fonction environnementale devient une fonction à part entière. Nous pouvons et nous devons développer des activités économiques en valorisant les atouts de nos territoires, et ceci afin de dynamiser la croissance régionale.

Nous voulons contribuer au développement d’une agriculture raisonnée, porteuse d’avenir en inscrivant cet objectif au travers d’une stratégie de forte croissance.

Pour y arriver, nous irons chercher, ou susciter, les partenariats nécessaires en amont et en aval, afin de renforcer notre efficacité…

DOMINIQUE CECHIA, DIRECTEUR

«… Nous ne sommes pas des optimistes, mais nous voulons être simplement des « réalistes actifs ».


 

Parmi les sujets évoqués par Claude Baldi devant l’assemblée générale de Terres du Sud, nous lui avons demandé d’en approfondir certains.

Le renouvellement des générations…

Les jeunes nous intéressent et nous aidons ceux qui nous font le plaisir de travailler avec nous. Nous avons mis en place une charte JA sur 3 ou 5 ans selon les projets. Au-delà du suivi permanent et des divers aspects contractuels pour garantir le revenu, nous leur attribuons une bourse, étalée sur 3 à 5 ans, d’environ 5000 euros. Une trentaine de jeunes en bénéficie chaque année. Ensuite, nous nous attachons à les garder avec nous. On a vu qu’ils étaient nombreux à notre assemblée générale. J’ai voulu m’adresser à eux et les encourager. Et leur rappeler que le seul outil qui ait fait ses preuves dans cette turbulence économique que nous subissons, c’est la coopération.

CLAUDE BALDI, PRÉSIDENT

4 millions d’euros réinjectés dans la trésorerie des adhérents…

Le Conseil d’administration a décidé de réinjecter 4 millions d’euros dans les trésoreries des adhérents. Nous avons décidé de le faire dès le mois d’avril, lors de la remise en culture. Parce que nous le pouvons et surtout pour aider les adhérents à ne pas faire d’impasse et à assurer le maintien de la qualité de la production. Sans cela, on pourrait avoir des manques de qualité et des baisses de rendement.

 

La gestion des ressources en eau…

Je suis très inquiet des prises de position du Conseil Général de Lot-et-Garonne sur ce sujet. La mise en œuvre du SDAGE au niveau du bassin Adour Garonne, le 1er janvier prochain, prévoit notamment des réductions importantes de volume sur les droits de pompage. Pour de nombreuses productions, l’irrigation est obligatoire pour assurer la qualité.

Nous avons fait d’énormes efforts de diversification, avec aujourd’hui 75 cultures différentes. Nous produisons par exemple du maïs waxy qui prend la direction du moulin Castelmaïs à Casteljaloux. Cette production est destinée aux brasseurs de bière espagnols. Il nous faut une traçabilité au champ qui remonte 4 ou 5 ans en arrière pour s’assurer le marché. Nos producteurs ont bien reçu le message : on ne peut pas avoir de maïs pour l’alimentation humaine sans une qualité irréprochable. C’est la même problématique pour la production de canard gras si on veut obtenir une qualité de foies irréprochable.

Nous avons aussi des cultures spéciales, des fruits et légumes… Les collectivités locales, l’administration, les élus sont prêts à lancer la diversification du Lot-et-Garonne. Pour tout cela, nous avons besoin de l’irrigation.

J’ai signé une charte de développement durable avec le Préfet pour le dévasement des lacs. En Lot-et-Garonne, on devrait pouvoir récupérer entre 8 et 10 millions de m3 de capacité, aujourd’hui occupés par des sédiments. C’est simplement de l’optimisation des équipements existants.

Nous avons fait des efforts également au niveau de l’interprofession des semences : il faut et l’on peut économiser de l’eau. Mais il faudra une ouverture de crédit pour aider les agriculteurs.


 

3 questions à…

JEAN-PAUL CASSIN,  directeur du Pôle animal de Terres du Sud

 

Quels liens unissent Expalliance à Terres du Sud ?

Expalliance est une coopérative indépendante, mais elle fait partie de l’entité économique et sociale Terres du Sud à qui elle sous-traite la partie juridique, la trésorerie et l’administration. Il y a une quinzaine d’années qu’Expalliance a été constituée pour sortir l’activité élevage de Terres du Sud, afin d’en assurer un meilleur suivi, avec un conseil d’administration autonome.

Expalliance s’inscrit dans la stratégie de Terres du Sud de couvrir l’ensemble des besoins du monde agricole : cela signifie gérer le territoire sur lequel elle intervient, offrir aux adhérents tous les services dont ils ont besoin et assurer l’écoulement des productions.

 

Comment définir la stratégie d’Expalliance ?

Dans un secteur d’activité pas facile, Expalliance propose une rationalisation des activités (cotations, prix, classement, signes de qualité), une rationalisation de la collecte des animaux pour en abaisser le coût et une rationalisation de la commercialisation, avec une orientation des systèmes de production dans le sens d’une recherche de différentiation.

Via la filiale d’Expalliance Tradisud, nous avons par exemple une cheville à Bazas, où nous sommes acteur principal  de l'IGP « Bœuf de Bazas ». Sur l’abattoir de Bazas, nous sommes également l’abatteur principal. Pour nous, ce type de filière qui s'adresse à des bouchers traditionnels et locaux constitue une niche avec une organisation structurée et valorisante

Nous ne sommes plus directement impliqués dans l’aval après l’échec de Villeneuve-sur-Lot dont nous avons conclu qu’il valait mieux laisser faire de grands groupes qui ont cette capacité.

Avec Arcadie, nous avons une participation dans Be.vi.mo à Mont-de-Marsan (40) à qui nous avons apporté du capital et à qui nous livrons des animaux notamment en filière certifiée « Engagement Qualité CARREFOUR ». C’est un bon exemple de collaboration.

Nos orientations commerciales nous ont amené à nous engager vers des Signes d'Identification de la Qualité et de l'Origine comme label, CCP, IGP et vers des filières contractualisées (volumes, planning, prix) comme les jeunes bovins de moins d'un an.

 

Des projets ?

Face à la baisse de l'élevage sur notre zone et aux difficultés que traverse notre secteur nous avons restructuré notre coopérative en allégeant les coûts pour la rendre compétitive tant  pour nos adhérents que pour nos clients.

Aujourd'hui, des projets sont en phase de démarrage comme le lancement de notre Label Rouge « Le Bœuf de nos Campagnes » qui nous permet de réunir sous une même bannière tous nos éleveurs (Blond d'Aquitaine, Bazadais et limousins). Plusieurs boucheries sont déjà engagées dans cette démarche.

Maintenant, il faut que l’on regarde de plus près quelles pourront être les évolutions amenées par les leaders du secteur. À l’aval, notre stratégie sera donc plutôt de venir épauler des projets.

 

 zoom sur… le développement durable

La coopérative Terres du Sud se veut un « instrument de développement durable de sa région », souligne Jean-Yves Fabry, chargé de mission recherche et développement. La démarche développement durable se décline dans toutes les filières.

• Le nouvel abattoir de Saint-Laurent sur Manoire, au sud du Périgord, a été lancé en production en décembre 2008. Cet outil, d’une capacité annuelle de 500 000 canards, vient en complément du site de Bergerac arrivé à saturation. « En permettant d’améliorer la qualité des foies, il aide à apporter une meilleure réponse aux attentes des clients. Il permet aussi de répondre aux cahiers des charges des différents clients », souligne Jean-Yves Fabry. Des chambres froides compartimentées permettent d’isoler les lots. Un plateau équipé de froid progressif met en œuvre une gestion différenciée des températures en fonction de la taille des foies, ce qui préserve leur souplesse.

En partenariat avec la CRAMA (Caisse régionale d’assurance maladie d’Aquitaine), l’entreprise a travaillé l’ergonomie des postes de travail afin de réduire la pénibilité et le risque d’accidents et de maladies professionnelles : quai de chargement à hauteur constante, limitation des rotations, poste d’éviscération à hauteur réglable, limitation de la posture debout, optimisation de l’acoustique, lumière naturelle, sol traité pour limiter le risque de chutes…

Autre point fort, l’économie d’énergie et d’eau est assurée par la compacité du site, afin de limiter les pertes et par la valorisation des zones exothermiques et endothermiques pour en récupérer la chaleur. Ainsi la totalité de l’eau sanitaire est chauffée par recyclage des différentes chaleurs du bâtiment. Sur tous les postes de travail, le nettoyage est assuré par un mélange d’eau et d’air qui permet de réduire de 50% les consommations d’eau.

Les conséquences économiques de cet outil qualitatif – qui va au-delà des exigences réglementaires - sont telles que le seuil de saturation a été atteint plus vite que prévu et qu’il a fallu anticiper un nouvel investissement de 700 000 euros. Aujourd’hui, indique Jean-Yves Fabry, une troisième phase est en réflexion.

 

• Le bilan carbone de la filière poulets est réalisé en trois étapes : dans l’usine d’aliments, dans un élevage et actuellement à l’abattoir Blason d’or. « Il s’agissait au départ de répondre à une demande des commerciaux de la société Blason d’or », explique Jean-Yves Fabry. « Nous avons travaillé un argumentaire qui met en avant une filière régionale impliquée de la fabrication de l’aliment d’élevage à l’abattoir. Nous voulons devancer les demandes de demain et voir les implications de ces indicateurs ».

« Il s’agit de maîtriser les bilans carbone, de les stabiliser et si possible de les améliorer ». Dans le cas de la filière poulet, 94% des impacts sont directement liés à la production des céréales. Le restant relève pour 3%  des transports et pour 3% du process de fabrication.

Pour la construction de nouveaux poulaillers, le groupe conseille 4 bâtiments par exploitation, ce qui permet l'accès de camions complets d’aliments, de poussins, de poulets. « Un producteur plus impliqué, un gain économique et un gain environnemental », résume Jean-Yves Fabry.

 

• Le développement d’une filière chanvre est une voie nouvelle avec une culture à objectif purement industriel, sans fin alimentaire.

Le groupe s’y est investi avec une accélération depuis un an. De 40 hectares sous contrat en 2009, on passe à 170 en 2010, à raison de 2 à 3 hectares par producteur. Cette culture est d’autant plus intéressante que ses besoins en eau, au début du mois de juin, sont décalés par rapport à ceux des autres cultures et qu’elle ne fait appel à aucun produit de protection des plantes.

La démarche s’appuie sur un partenariat avec l’usine de défibrage Agrofibres (filiale d’Euralis), implantée à Cazères (Haute-Garonne) qui valorise la paille : contractualisation sur des surfaces et mise en production en Lot-et-Garonne.

Aujourd’hui, le produit trouve des débouchés dans la litière pour animaux et l’isolation, demain dans la construction et les plastiques. Si ces débouchés se développent, Terres du Sud (qui maîtrise la production et la logistique) pourrait être conduite à se tourner vers des partenaires industriels pour imaginer une transformation en Lot-et-Garonne.

 

• La création d’une plateforme de déchets est en marche. Depuis 3 ans, les 45 points de vente du groupe ont mis en place la collecte de cartons (110 tonnes/an) et de plastiques d’emballages de palettes (40 tonnes) sur la plateforme logistique Lisavert à Samazan. Aujourd'hui, la liste de déchets à prendre en compte s’allonge : bois, polystyrène, batteries, matériels électriques ou électroniques, piles… et la cohabitation « déchets-appro » sur la plateforme logistique atteint ses limites: une nouvelle organisation s'impose ».

Basé sur le principe de centralisation « pour massifier et trouver des exutoires à chaque déchet », et s'appuyant sur le retour des navettes d'approvisionnement logistique, le projet de plateforme déchets est en cours. Après la quantification des déchet réalisée en 2009, 2010 sera l'année de test les 45 points de vente; l'extension à l'ensemble des activités du groupe devrait se faire en suivant.

 

• La filière poulets Bio monte en puissance. La demande en poulets et œufs bio augmente. Pour y répondre, l’objectif est de porter la production  à 55 millions d’œufs à l’horizon 2012 et 23 à 25 000 poulets par semaine, soit près de 10% du marché français du poulet bio.

Pour assurer ce développement, il faut mettre en place un réseau d’éleveurs, trouver des céréales bio en quantité suffisante pour doubler les tonnages d’aliments bio afin de les porter à 12 à 13 000 tonnes d’ici 2012. Ces céréales devront être trouvées  « de préférence en local », rappelle Jean-Yves Fabry.

Autres exemples

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