COOP GARONNE ET COMPAGNIE DES JUS DE MARMANDE : CONTRACTUALISER POUR DURER

 

Sur le créneau de la tomate destinée à l’industrie, démantelé par la mondialisation et qui délocalise à tout va, le partenariat de Coop Garonne (Tonneins) et de Compagnie des jus de Marmande a permis de maintenir et de valoriser cette production en Lot-et-Garonne en jouant sur les cartes terroir et Agri-Confiance. Jean-Pierre Arnal, le président de Coop Garonne, souligne « cette démarche innovante de liaison entre une coopérative et un industriel privé ».

 

Coop Garonne regroupe une trentaine d’adhérents actifs pour une production de 8500 tonnes de tomates fraîches. 80% des volumes sont transformés en jus de tomates, le reste en concentré. Quant à Compagnie des Jus de Marmande, elle est le premier fabricant européen de jus de tomates. Pampryl fait partie d’Orangina Group, numéro 3 européen des soft drinks, qui a été racheté en février 2006 par des investisseurs, Lion Capital et The Blackstone Group.

 

Dans cette région du Marmandais, la tomate d’industrie est produite deux mois par an (août septembre) par des entreprises familiales de taille moyenne, dans un contexte de polyculture. Désormais, un contrat de partenariat renégocié chaque année définit les besoins de l’entreprise de transformation et Coop Garonne les met en production, explique le directeur Jean- Michel Guibert.

 

 

La signature Agri-Confiance sur les bouteilles de jus de tomates de Marmande Pampryl

Le partenariat avec Compagnie des Jus de Marmande, ce que les locaux appellent « l’usine Pampryl » ne date pas d’aujourd’hui. Il s’est resserré à la fin des années 90, précise Jean-Pierre Arnal : « un partenariat fondé sur une relation de confiance entre des hommes ».

 

Le jus de tomates est un marché de niche dans l’industrie, de moyenne ou haute gamme. Coop Garonne s’y est fait reconnaître en s’appuyant sur une image de terroir et sur la certification Agri-Confiance.

« Au départ, la certification Agri-Confiance nous a servi à faire du management interne », explique le président de Coop Garonne, mais on a vite vu que notre partenaire industriel était intéressé par cette démarche qui fiabilise toute la chaîne de production ».

La coopérative certifiée Agri-Confiance depuis mi-2007 vient de signer le contrat d’utilisation de la marque. On retrouvera donc la marque Agri-Confiance sur les bouteilles de jus de tomate Pampryl (verre et PET)

 

Ce partenariat qui met l’accent sur une notion de qualité et de traçabilité permet de dégager un revenu supplémentaire par rapport au débouché concentré de tomates, au bénéfice des adhérents de la coopérative. « Il y a bien quelques contraintes supplémentaires, mais elles sont bien vécues », souligne Jean-Pierre Arnal.

Pour les producteurs, le bilan positif de cette contractualisation va au-delà de la seule amélioration du revenu : la production, ancrée au terroir marmandais, est reconnue et la spécificité locale préservée.

 

Contact : Jacques WEILL - Tél. 05 56 00 78 60 - Email : jweill@frcaa.com
 

LES GRANDS GROUPES COOPÉRATIFS ONT DE VÉRITABLES STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT

 

Les grands groupes coopératifs aquitains sont organisés autour de stratégies de développement qui n’ont rien à envier au monde industriel. Illustration à l’occasion du changement de directeur à la tête de Maïsadour.

 

Chez Maïsadour, André Lahitte(1) qui vient de prendre sa retraite a été l’homme de la diversification. Sous sa direction, le groupe a pris deux virages importants qui correspondent à deux décisions stratégiques majeures.

En 1992, il a fait son entrée dans le secteur des productions animales en 1992, au moment de la crise du poulet jaune des Landes, pour protéger un élément fort de la culture gastronomique et de l’histoire des Landes qui « risquait de disparaître ou de passer entre les mains de gens qui ne l’auraient peut-être pas placé au centre de leur stratégie ».

 

Le second virage a eu lieu en 1998, quand la décision de racheter Delpeyrat et d’aller chercher la valeur ajoutée jusqu’au consommateur a été prise. Parce que le groupe y avait, dans le secteur du foie gras, taille critique, savoir-faire et longueur de gamme nécessaires. À partir du foie gras, Maïsadour est en train de développer un pôle « gastronomie du Sud-Ouest », avec des plats cuisinés et de la charcuterie salaisonnerie de terroir.

 

Aujourd’hui, Maïsadour est arrivé à un équilibre entre ses métiers d’amont et d’aval, en termes de chiffre d’affaires et de contribution aux résultats.

 

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(1) André Lahitte reste président d'Océol, la holding qui regroupe les collecteurs de maïs du grand Sud-Ouest afin d’approvisionner l’usine de bioéthanol de Lacq (Pyrénées-Atlantiques).

3 questions à André Lahitte

Sous votre direction, Maïsadour a multiplié les partenariats…

• L’une des caractéristiques de la Coopération c’est de conserver les pôles de décision sur place. Dans le cas de Delpeyrat, le pouvoir appartient à Maïsadour, il reste donc sur le territoire.

Dans le secteur du poulet, même si nous sommes minoritaires, notre poids est important dans notre partenariat avec Arrivé. Dans un premier temps, nous avons conclu des accords avec des sociétés privées (Bonduelle, Ardo, Arrivé, Syngenta).

Aujourd’hui, nous le faisons avec des coopératives, surtout dans les métiers d’aval : légumes transformés, bioéthanol, foie gras, jambon de Bayonne.

Mais il n’y a pas de compétition ni de concurrence entre ces deux familles de partenariats : nous sommes soit dans des logiques de complémentarités de savoir-faire, soit dans des constructions d’alliances au sein de bassins homogènes d’approvisionnement en produits agricoles «typés » (labels, IGP….).

Comment voyez-vous l’avenir des coopératives ?

• En ce qui concerne les alliances entre coopératives sur leurs métiers de base, le Sud-Ouest est plutôt en retard sur les autres régions françaises.

Il serait pertinent de nouer des alliances fortes entre coopératives, y compris sur les métiers d’amont ; et cela en dehors des périodes de difficultés où nécessité fait loi.

On se heurte souvent à des aspects de territoire et l’on se retranche également derrière le fait que le coopérateur l’accepterait mal.

Mais si les structures partagent les mêmes valeurs et la même éthique de la Coopération, et si l’agriculteur doit y trouver un bénéfice, je ne suis pas certain que ce soit un argument très fort.

Optimiste pour la Coopération, André Lahitte ?

• Optimiste, oui parce que les valeurs portées, la méthode de gouvernance, le regard positif sur le développement durable sont de plus en plus modernes.

On redécouvre que le système coopératif a des avantages et protège de certaines dérives, comme les délocalisations ou le tout pouvoir au financier.

L’on assistera encore certainement des regroupements, parce que le phénomène de concentration existe partout, ne serait-ce que pour disposer de moyens financiers importants (il est bien connu que les industries agroalimentaires nécessitent des investissements très importants).

De plus aujourd’hui, la Société redécouvre que le paysan nourrit l’homme et que l’ère de la surabondance est peut-être derrière nous.

Dans ce contexte, en contribuant à organiser et dynamiser la production, la Coopération retrouvera elle aussi la vraie place qu’elle mérite.

 

Contact : Jacques WEILL - Tél. 05 56 00 78 60 - Email : jweill@frcaa.com

 

 
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